Canadian Labour and Business Centre
Centre syndical et patronal du Canada

La recherche d'un meilleur équilibre: Le pourquoi des stratégies conjointes patronales-syndicales en matière d'adaptation

Sommaire et recommandations

Le présent rapport du Centre canadien du marché du travail et de la productivité (CCMTP) (maintenant le Centre syndical et patronal du Canada), un organisme patronal-syndical national indépendant, constitue l'aboutissement d'un examen en profondeur de diverses questions concernant l'adaptation et la transition que vivent les travailleurs, les entreprises et les secteurs industriels. Le Groupe de travail sur l'adaptation et la transition est l'une des nombreuses instances créées par le CCMTP pour mieux comprendre un certain nombre de préoccupations importantes qui avaient été cernées dans le rapport du Comité du CCMTP sur la restructuration économique publié en 1993. Les projets du CCMTP sur l'accès aux capitaux, la réorganisation du milieu de travail, l'adaptation au changement environnemental, et celui-ci sur l'adaptation et la transition, représentent un effort crucial de recherche et de dégagement de consensus qui a contribué à améliorer les relations patronales-syndicales et à concevoir des approches conjointes pour s'attaquer aux problèmes qui affligent les milieux de travail.

Le Groupe de travail a fondé son analyse et ses recommandations sur un vaste ensemble d'études de cas qui ont examiné comment certaines entreprises et industries canadiennes composent avec les défis que sont l'adaptation et la transition. La proposition fondamentale du présent rapport est que les employeurs et les travailleurs peuvent trouver des solutions optimales aux problèmes liés à l'adaptation lorsqu'ils unissent leurs efforts pour anticiper le changement et s'y attaquer d'une manière proactive plutôt que réactive en utilisant leur expertise et leurs connaissances du secteur ou milieu de travail en question. Au moyen des études de cas qui forment un solide noyau de données rigoureuses sur les pratiques et partenariats concernant l'adaptation qui pourrait être très utile aux syndicats, aux entreprises et aux gouvernements (les études de cas complètes figurent dans un document d'accompagnement au présent rapport), le Groupe de travail a déterminé quels sont les facteurs, attitudes, pratiques et principes qui peuvent contribuer à réaliser une adaptation efficace et positive.

Les objectifs du patronat, des syndicats et des gouvernements diffèrent souvent lorsqu'ils entreprennent un processus d'adaptation. Le principal objectif du patronat consiste généralement à assurer la survie d'une entreprise compétitive. L'objectif primordial des syndicats est de préserver la sécurité économique des travailleurs. Quant aux gouvernements et à la société en général, le but du processus d'adaptation devrait être d'assurer un juste équilibre entre l'efficacité et l'équité. Même si les objectifs des différentes parties peuvent sembler s'opposer, ils peuvent aussi se compléter les uns les autres comme le démontrent les études de cas.

Le rapport pose comme principe fondamental que tous les participants à un tel processus ne peuvent que profiter du lancement d'approches conjointes en matière d'adaptation. En effet, le patronat pourra en tirer les avantages suivants : l'accès aux vastes connaissances des travailleurs et à la compréhension que ceux-ci ont de l'entreprise; la possibilité que le processus se déroule sans heurt et tienne compte des coûts de l'adaptation pour l'entreprise; la possibilité d'une amélioration du bénéfice net de l'entreprise; l'établissement d'un meilleur climat de travail qui peut améliorer l'esprit d'équipe et faciliter la prise conjointe de décisions et le règlement conjoint des problèmes; un accroissement de la productivité; la protection des compétences et connaissances des travailleurs; et l'appui et la confiance des travailleurs. De leur côté, les syndicats pourront en retirer les nombreux avantages suivants : la possibilité d'accroître la sécurité économique des travailleurs; l'accès à l'information et une participation au processus décisionnel; la possibilité d'aider à choisir et à mettre en oeuvre les stratégies de changement; la possibilité de veiller à ce que le plan d'adaptation vienne suffisamment en aide aux travailleurs et leur offre des services de formation pour les aider à faire la transition; et la possibilité de formuler des propositions qui permettent de mieux s'attaquer aux problèmes fondamentaux de l'entreprise.

Les études de cas mettent en évidence les moyens innovateurs utilisés par les principaux intervenants dans diverses entreprises pour composer avec les défis de l'adaptation liés à la restructuration économique. Les études de cas ont permis de cerner trois approches:

> la restructuration, la réorganisation ou la réinvention de l'entreprise;
> la réalisation d'investissements importants dans le développement et l'amélioration des compétences des ressources humaines autant en réaction au changement qu'en anticipation de l'avenir; et
> des efforts pour répartir équitablement et efficacement les répercussions de l'adaptation.

Dans la plupart des cas, nous avons constaté que les entreprises ont eu recours à plus d'une approche.

Les études de cas et d'autres travaux sur l'adaptation constituent une riche source d'information sur la façon de mener un processus d'adaptation dans différentes circonstances. L'une des prémisses de cette recherche est que les approches conjointes patronales-syndicales ont plus de chances de réussir (quoique ce n'est pas une certitude) que les stratégies imposées unilatéralement par le patronat et les gouvernements. Toutefois, les approches conjointes seront infructueuses si les diverses parties ne prennent pas l'engagement d'écouter activement les suggestions et propositions formulées. Dans bien des cas, cela nécessitera un changement en profondeur de leurs comportements et attitudes.

Les solutions innovatrices en matière d'adaptation requièrent aussi que toutes les parties concernées participent aux discussions et négociations et reconnaissent les rôles et responsabilités de chacune. Dans certains cas, des accords sont conclus entre les employeurs et employés sans participation externe. Dans d'autres cas, les participants au processus d'adaptation pourraient aussi inclure les gouvernements ainsi que des groupes environnementaux, communautaires et autochtones. Comme des collectivités entières peuvent être touchées par la dislocation économique, il conviendrait de les faire participer au processus. À cet égard, il faut surtout veiller à ce que toute entente conclue reflète bien les divers besoins et préoccupations de ces groupes.

Ayant pour objectif d'améliorer l'adaptation et ses résultats autant pour ceux qui sont dans cette situation que ceux qui y font face, le Groupe de travail a regroupé les leçons des études de cas et les recommandations en découlant sous quatre thèmes clés:

> anticiper le changement et s'y préparer;
> composer avec l'adaptation du particulier, de l'entreprise, de la collectivité et du secteur industriel;
> évaluer les résultats; et
> confier un nouveau rôle aux gouvernements.

Le Groupe de travail en vient à la conclusion que la meilleure façon d'obtenir des résultats optimaux qui répondront aux attentes de toutes les parties, consiste à élaborer et à négocier conjointement des plans d'adaptation. Cela inclut l'échange d'information et la participation le plus rapidement possible de tous les intervenants du milieu de travail au processus décisionnel. Le patronat, les syndicats et les gouvernements ont tous des rôles importants à jouer dans l'élaboration de stratégies efficaces d'adaptation.

Comme chaque situation est unique en son genre, on peut facilement concevoir pourquoi il est essentiel que les parties concernées s'unissent pour élaborer des approches et des solutions conjointes. Une autre conclusion dégagée par le Groupe de travail est que les adaptations en situation de crise menées unilatéralement et poursuivant des objectifs à court terme ont peu de chances de réussir et n'offrent que des avantages à court terme. Ce genre d'approche comportera en bout de ligne des coûts très élevés pour les travailleurs, leurs familles, les collectivités et souvent l'entreprise elle-même.

Recommandations

1. Nous recommandons que les syndicats et le patronat en milieu de travail, avec l'appui des gouvernements lorsque cela est souhaitable, reconnaissent qu'il est absolument essentiel d'anticiper les pressions futures de l'adaptation et lancent des processus conjoints pour évaluer les défis à moyen terme auxquels fait face l'entreprise et s'y préparer. Ces pressions peuvent être:

> les besoins changeants en matière de formation;
> une nouvelle organisation du travail;
> de nouveaux compétiteurs; et
> de nouvelles technologies.

Se préparer pour les défis à moyen terme peut signifier qu'il sera nécessaire d'assurer la formation économique des travailleurs, de concevoir des outils d'échange d'information et d'encourager les dirigeants patronaux et syndicaux à prendre des mesures pour anticiper les défis en matière d'adaptation et s'y attaquer.

2. Nous continuons de recommander que le gouvernement fédéral travaille conjointement avec les syndicats et le patronat pour améliorer les mécanismes d'échange d'information sur le marché du travail et accroître l'utilisation de la banque nationale de données sur l'emploi, et que cette information soit rendue accessible à toutes les personnes à la recherche d'un emploi.

3. Nous recommandons l'établissement d'une banque nationale de données sur des processus d'adaptation fructueux à laquelle toutes les parties cherchant de l'information sur des pratiques et partenariats innovateurs pourront avoir accès.

4. Nous recommandons que le patronat et les syndicats des secteurs privé et public lancent des processus conjoints qui permettront de faciliter l'adaptation en cours des milieux de travail et des collectivités. Ces processus pourraient comprendre des initiatives dans les domaines suivants:

> la détermination des besoins futurs en matière de formation et des activités pour combler ces besoins;
> l'examen conjoint des changements à l'organisation du travail;
> l'établissement de programmes de counselling; et
> une amélioration des pratiques et politiques en matière de communication.

5. Nous recommandons que le patronat et les syndicats unissent leurs efforts dès le lancement du processus d'adaptation pour régler les problèmes qui surviennent.

6. Nous recommandons que les "gouvernements-employeurs" adoptent les meilleures pratiques et principes utilisés par le secteur privé dans les efforts qu'ils engagent avec les syndicats pour élaborer des mesures en matière d'adaptation, que ce soient par le biais de comités conjoints patronaux-syndicaux ou d'autres véhicules de négociation et de prise de décisions.

7. Nous recommandons que le patronat, les syndicats et les gouvernements utilisent une approche sectorielle dans les situations d'adaptation suivantes:

> les compétences des travailleurs sont exportables d'une entreprise à une autre;
> il est avantageux de maintenir un réservoir de travailleurs formés et souples;
> l'adaptation entraînera une réduction importante du nombre de travailleurs ayant des besoins similaires mais non identiques à l'intérieur d'une industrie; et
> le regroupement et la gestion des ressources sont essentiels pour assurer la survie de l'industrie.

8. Nous recommandons que les processus d'adaptation soient conçus en fonction des besoins du milieu de travail et des travailleurs au moyen de négociations conjointes entre le patronat et les syndicats; et que l'expertise des ressources internes de l'entreprise, du secteur, de la région et de la collectivité soit un élément essentiel du processus d'adaptation. À cette fin, il pourra être nécessaire de s'intéresser tout particulièrement aux préoccupations en matière d'équité et d'adopter des mesures spéciales concernant:

> les femmes;
> les minorités visibles;
> les travailleurs plus âgés;
> les personnes handicapées; et
> les autochtones.

9. Nous recommandons que les syndicats, le patronat et les gouvernements élaborent conjointement et mettent en place des jalons à court et long termes pour évaluer et mesurer les succès des initiatives d'adaptation de la main-d'oeuvre.

10. Nous recommandons que tous les ordres de gouvernement, en s'inspirant des avis et conseils fournis par le patronat et les syndicats, continuent de jouer le rôle de facilitateur, de médiateur et, dans certains cas, de financier pour appuyer les processus d'adaptation.

11. Nous recommandons que le gouvernement fédéral continue d'appuyer le Service d'aide à l'adaptation industrielle (SAAI) et accroisse même son appui à cette instance pour faciliter l'adaptation positive et améliorer les relations patronales-syndicales.