La troisième enquête biennale du Centre syndical et patronal du Canada auprès de 4 442 dirigeants patronaux et syndicaux du secteur privé et du secteur public a été menée en mars et avril 2000 et a obtenu un taux de réponse de 18 p. 100. Tout comme dans les enquêtes précédentes, celle de cette année a obtenu les points de vue des répondants sur 1) l’importance des grands défis économiques et de politique publique auxquels fait face le pays et ii) les solutions de politique sur lesquelles il faudrait insister pour relever ces défis.
L’enquête a fourni non seulement un instantané des impressions des dirigeants en l’an 2000, mais aussi des indications sur l’évolution de ces perceptions depuis la première enquête auprès des dirigeants, réalisée en 1996. Les réponses aux questions sur les grands défis et les solutions possibles sont résumées ci-dessous.
Les principaux défis restent très différents
Le contraste demeure frappant entre les principaux défis selon le patronat et les syndicats. Pour les répondants syndicaux des secteurs privé et public, la compression des dépenses publiques consacrées aux programmes sociaux, le manque d’emplois, le taux de chômage, la qualité de la formation en milieu de travail et la dégradation de l’environnement constituent les principales préoccupations. Aucune de ces questions ne figure parmi les plus grandes préoccupations du patronat. D’ailleurs, elles comptent parmi les moins importantes pour le patronat. Par contre, pour les répondants patronaux du secteur privé, le lourd fardeau fiscal est le problème le plus important, et la compétitivité internationale, le problème le plus important pour leurs homologues du secteur public. Les préoccupations relatives aux déficits et à la dette des gouvernements, à l’exode des cerveaux et à la pénurie de travailleurs qualifiés constituent un deuxième groupe de problèmes pour le patronat.
2. Préoccupation modérée pour les grandes questions politiques et macro-économiques
Sauf pour le lourd fardeau fiscal et les taux d’intérêt élevés, les répondants trouvent la plupart des questions politiques et macro-économiques nettement moins inquiétantes en l’an 2000 qu’en 1996. Dans certains cas, en particulier les inquiétudes relatives à l’unité nationale et le manque d’emplois, le déclin des préoccupations a été marqué au sein de tous les groupes de répondants durant cette période de quatre ans. Trois groupes considèrent que le lourd fardeau fiscal est un problème un peu plus grave en l’an 2000 que par le passé, encore que les préoccupations du patronat soient restées beaucoup plus élevées que celles des syndicats. Les répondants syndicaux s’inquiètent encore modérément des taux d’intérêt élevés, tandis que les répondants patronaux, qui s’en souciaient très peu en 1998, s’en inquiètent nettement plus cette année.
3. Convergence des attitudes à l’égard des problèmes du marché du travail
La pénurie de travailleurs qualifiés demeure une préoccupation des répondants patronaux et une source de préoccupation croissante pour les dirigeants syndicaux. Les répondants patronaux et syndicaux du secteur privé s’en préoccupent d’ailleurs presque au même point. Mais un grand nombre d’autres questions de nature économique ou relatives au marché du travail les préoccupent moins.
En ce qui concerne les solutions possibles aux défis auxquels fait face le Canada, les répondants des quatre groupes divergent d’opinion quant à la priorité à accorder à diverses solutions.
L’analyse générale fait ressortir trois grandes conclusions :
1. Le patronat du secteur privé se démarque par ses principales solutions très particulières
Les répondants patronaux du secteur privé constituent le seul des quatre groupes de répondants qui préconise une réduction notable de l’intervention du gouvernement dans leurs affaires. Cette attitude se reflète dans leurs trois principales solutions possibles – abaisser les impôts, réduire les dépenses publiques et réduire la réglementation gouvernementale. Par contre, les trois autres groupes s’entendent sur deux de leurs trois principales priorités – améliorer le système d’éducation et améliorer la formation en milieu de travail. La troisième priorité des dirigeants patronaux du secteur public est accroître la R-D, tandis que les deux groupes de dirigeants syndicaux insistent sur la nécessité de renforcer le filet de sécurité sociale.
Les quatre groupes s’entendent sur les priorités secondaires, qui comprennent accroître l’investissement dans l’innovation, et accroître la R-D.
À l’autre extrême, pour les quatre groupes de répondants, accroître l’immigration se retrouve au bas de la liste de solutions. Cela implique, pour la plupart des groupes de répondants, une solution « canadienne » à l’importante question de la pénurie de travailleurs qualifiés.
2. Le patronat et les syndicats divergent d’opinion sur le renforcement du filet de sécurité sociale et sur la réduction des heures de travail
Les répondants syndicaux et patronaux divergent sensiblement d’opinion sur la nécessité de renforcer le filet de sécurité sociale ou de réduire les heures de travail. Pour les dirigeants syndicaux des secteurs privé et public, renforcer le filet de sécurité sociale compte parmi les plus grandes priorités, tandis que les dirigeants patronaux y accordent une priorité très faible. De même, réduire les heures de travail obtient l’appui d’environ 40 p. 100 des répondants syndicaux, mais de seulement 10 p. 100 des répondants patronaux.
3. Le patronat et les syndicats continuent d’insister sur les mesures budgétaires et les mesures liées au marché du travail
Par rapport à 1998, tous les groupes de répondants syndicaux et patronaux maintiennent, voire accentuent dans certains cas, la priorité qu’ils accordent à des mesures budgétaires comme abaisser les taux d’intérêt, réduire les dépenses publiques, et abaisser les impôts. En ce qui concerne une baisse des taux d’intérêt, l’attrait de cette mesure pour les dirigeants patronaux a augmenté considérablement, s’approchant du degré de priorité exprimé par les syndicats.
De même, la plupart des groupes de répondants patronaux et syndicaux accordent la même importance aux solutions qui consistent à améliorer le système d’éducation, améliorer la formation en milieu de travail ou améliorer les relations patronales-syndicales. Là encore, les dirigeants patronaux du secteur privé diffèrent des autres groupes du fait qu’ils accordent une priorité nettement moins élevée qu’en 1998 à l’amélioration du système d’éducation et de la formation en milieu de travail.