Canadian Labour and Business Centre
Centre syndical et patronal du Canada

Faire des compétences une priorité nationale - RÉSUMÉ

Introduction

Le présent document fait la synthèse des orientations de politique et des approches qui pourraient aider le Canada à combler ses besoins actuels et futurs de main-d'œuvre qualifiée. Les idées qui y sont présentées ont été obtenues auprès d'un vaste échantillon de communautés syndicales et patronales durant les consultations du Conseil syndical et patronal du Canada (CSPC), à la demande de Développement des ressources humaines Canada, au printemps 2001.

Organisation syndicale-patronale indépendante, le Centre syndical et patronal du Canada s'intéresse depuis plusieurs années aux problèmes complexes et d'une portée considérable qui se posent pour combler les besoins de compétences du Canada. La concurrence pour l'obtention de travailleurs qualifiés est féroce et, dans de nombreux domaines, elle a une envergure de plus en plus internationale. Il s'agit là d'une des plus grandes difficultés que doivent surmonter le patronat et les syndicats du Canada - dont les membres travaillent pour les sociétés et les organisations et créent ainsi un revenu, de l'emploi et des retombées sociales et économiques pour le bien-être de tous les Canadiens.

Les répondants syndicaux et patronaux ont exprimé beaucoup de frustration et de scepticisme quant à l'utilité pratique de nouvelles consultations sur les besoins de compétences. Ils avaient l'impression que, au fil des années, les études, consultations, et initiatives de politique et programmes se sont multipliés mais que " peu d'entre eux ont eu des conséquences mesurables sur les principaux problèmes ". Malgré leurs réserves, les répondants des deux groupes étaient prêts à discuter. Les problèmes liés au besoin de travailleurs qualifiés sont complexes et nombreux. Durant les consultations, le patronat et les syndicats ont cerné ceux qui, à leur avis, sont les plus préoccupants.

Les syndicats et le patronat ont des opinions très tranchées sur diverses questions générales touchant à la politique budgétaire et à d'autres politiques publiques. Ces points de vue sont exposés dans le rapport principal et reflétés en détail dans les résumés, figurant en annexe, des conclusions des consultations avec le patronat et les syndicats. Il est particulièrement intéressant de souligner que les plus grandes différences se situent au niveau des politiques publiques nationales. Il y a de grandes divergences de vues, par exemple, au sujet du rôle du gouvernement, en particulier le rôle de la politique budgétaire et l'incidence de l'assurance-emploi. Par ailleurs, les syndicats et le patronat ont des points de vue différents sur la mesure dans laquelle l'acquisition de compétences et la formation constituent un droit des travailleurs ou une responsabilité individuelle. Au niveau des milieux de travail et des secteurs cependant, les répondants patronaux et syndicaux font souvent des suggestions et expriment des préférences semblables quant aux façons de résoudre les problèmes de compétences. Il y a donc lieu d'être optimistes et de penser qu'il est effectivement possible de parvenir à une volonté d'agir commune sur plusieurs fronts. Ces perspectives sont évidentes au sein de chaque groupe mais aussi entre les deux groupes.

Il y a eu une évolution observable des points de vue du patronat et des syndicats sur plusieurs fronts importants. Les enquêtes antérieures du Centre syndical et patronal du Canada auprès des dirigeants patronaux et syndicaux ont révélé que les " pénuries de compétences " - une question qui figurait à peine sur l'écran radar des syndicats et du patronat il y a quatre ou cinq ans - sont désormais l'une des dix principales préoccupations des deux groupes. (Pour de plus amples renseignements, voir les résultats de l'enquête Points de vue 2000 du CSPC.)

L'objectif principal des consultations consistait à dégager les possibilités d'intervention dans les domaines qui préoccupent le plus le patronat et les syndicats. Les suggestions comprennent des mesures relativement simples qui, de l'avis des deux groupes, pourraient et devraient être mises en œuvre immédiatement par le gouvernement fédéral, et qui auraient des conséquences immédiates et positives.
Un grand nombre des approches et mesures décrites ci-dessous exigeront cependant une étude plus approfondie, d'autres travaux d'élaboration et la recherche d'un consensus pour que finissent par s'entendre tous les intéressés qui doivent contribuer à l'effort national.

De plus, comme l'illustre le rapport principal et les résumés des résultats des consultations auprès du patronat et des syndicats constatations figurant en annexe, de nombreux programmes et initiatives sont déjà en cours, surtout dans les divers milieux de travail, mais aussi au niveau sectoriel et selon les divers paliers de gouvernement du pays. Il n'est toutefois pas toujours facile d'obtenir de l'information sur certaines de ces approches novatrices, car souvent, elles ne sont pas bien documentées ou leur succès n'est pas évalué.

Ce qu'il faut, comme le font remarquer les deux groupes, c'est un leadership pour que les compétences et l'apprentissage deviennent une priorité nationale, un sentiment d'urgence et une volonté d'agir partagée par tous les intéressés. De plus, l'engagement actif de tous les paliers de gouvernement s'impose pour résoudre les problèmes de partage des pouvoirs et faciliter la collaboration, entre eux et avec les autres intéressés.

Directions, approches et mesures pour résoudre les problèmes de compétences du Canada : Principales suggestions des répondants syndicaux et patronaux

Directions, approches et mesures pour résoudre les problèmes de compétences du Canada : Principales suggestions des répondants syndicaux et patronaux


1. Formation et développement des ressources humaines [Top]


Dans le secteur clé de la formation et du développement des ressources humaines, le patronat et les syndicats ont des points de vue très différents sur les politiques nationales. Les répondants syndicaux n'aiment pas le régime enregistré d'apprentissage personnel proposé dans le récent discours du Trône et expriment une préférence pour une taxe de formation qui serait une version nationale de la " loi du 1 % " au Québec. Le patronat, en revanche, s'oppose vivement à l'idée d'une taxe de formation. La nouvelle initiative éventuelle proposée le plus souvent par les répondants patronaux est un crédit d'impôt à l'investissement dans les ressources humaines, encore que de nombreux répondants se montrent également intéressés par le régime enregistré d'apprentissage personnel.
Au niveau des milieux de travail, les points de vue du patronat et des syndicats semblent beaucoup plus proches. Les syndicats défendent depuis longtemps le principe que tous les travailleurs ont droit à de la formation, et le patronat reconnaît de plus en plus qu'il faudra accroître la formation pour compenser les difficultés de recrutement. Les deux groupes appuient des approches sectorielles face aux problèmes de perfectionnement des ressources humaines. Ils sont donc généralement en faveur d'un appui renouvelé et accru aux conseils sectoriels, qui jouent un rôle stratégique d'interface entre le secteur de l'éducation et l'industrie. Les deux groupes ont indiqué que les niveaux de formation ne devraient pas être réduits dès les premiers signes d'un ralentissement économique.

2. Métiers spécialisés [Top]


Les deux groupes ont exhorté fortement le gouvernement fédéral à prendre immédiatement deux mesures précises qui aideraient les apprentis :
  • Instaurer un crédit d'impôt pour l'achat des outils des nouveaux gens de métier.
  • Éliminer le délai de carence de deux semaines de l'assurance-emploi pour les apprentis en formation par stages d'études en cours de travail.

Les participants syndicaux et patronaux ont évoqué la nécessité de mécanismes d'échelonnement qui accroîtraient les possibilités, pour les étudiants et les gens de métier, de suivre des programmes d'apprentissage dans les collèges communautaires, puis dans les universités. Pour un grand nombre, l'image de " cul-de-sac " que projettent les métiers explique en partie l'absence de tels mécanismes.

Certains répondants patronaux sont en faveur d'une formation professionnelle complète des apprentis, par laquelle l'agrément, ainsi que les droits de mobilité connexes, serait accordé à la fin d'un programme d'apprentissage complet portant sur tous les aspects du métier. D'autres préconisent une méthode modulaire par laquelle les divers modules achevés (certains pouvant varier d'un métier à l'autre) permettent d'obtenir des travailleurs dont les compétences correspondent davantage aux besoins particuliers des employeurs.

3. Immigration [Top]

Les deux groupes reconnaissent que, par le passé, l'immigration a permis de combler de nombreux besoins canadiens de personnel qualifié dans une foule de domaines et de secteurs. Cette source de main-d'œuvre dans de nombreux pays d'émigration traditionnels est cependant en train de se tarir, au moment où le Canada subit la concurrence accrue d'autres pays pour recruter des immigrants talentueux. Les représentants patronaux demandent la simplification des règles et formalités d'immigration afin de permettre aux employeurs canadiens de recruter avec dynamisme des travailleurs qualifiés à l'étranger. Les répondants du secteur de la haute technologie ont en outre fait remarquer que le Canada doit reconnaître qu'il fait partie d'un marché mondial de la main-d'œuvre qualifiée et réagir énergiquement pour attirer et garder ces travailleurs grâce à des initiatives précises dans des domaines de compétences cruciaux.

Les répondants syndicaux ont souligné l'importance de travailler avec les communautés des nouveaux immigrants afin d'inclure activement leurs membres dans la population active.

4. Mobilité de la main-d'œuvre et reconnaissance des titres [Top]

Plusieurs organisations indiquent que les études, les compétences et l'expérience de nombreux travailleurs formés à l'étranger ne sont pas mises à profit parce que les organismes de réglementation canadiens ne les reconnaissent pas. Des efforts visant à éliminer ces obstacles à l'agrément, tout en protégeant les normes professionnelles, constituent donc une étape essentielle pour que le Canada utilise efficacement toutes les compétences à sa disposition.

Les deux groupes demandent des améliorations aux pratiques et politiques relatives à la reconnaissance des acquis. Les syndicats insistent sur un rôle accru pour les syndicats et le patronat, tandis que le patronat considère les mécanismes de reconnaissance des acquis comme un outil précieux pour cerner les compétences que les travailleurs formés à l'étranger apportent aux employeurs canadiens. À ce titre, ils devraient donc être utilisés davantage par les employeurs.

Enfin, un leadership fédéral s'impose très clairement, surtout aux yeux des répondants patronaux, pour faciliter la mise en œuvre complète et immédiate de toutes les dispositions concernant la mobilité de la main-d'œuvre contenues dans l'Accord sur le commerce intérieur. Dans un domaine connexe, le patronat et les syndicats ont demandé de redoubler d'efforts pour harmoniser les normes relatives aux certificats professionnels afin de promouvoir la mobilité complète de tous les corps de métier au Canada.

5. Mesures provinciales et dans le secteur de l'éducation [Top]

Les divergences de vues les plus importantes entre les syndicats et le patronat dans ce domaine semblent toucher à la question des " partenariats " avec les écoles. De nombreux représentants patronaux considèrent ces partenariats essentiels et estiment que les établissements d'enseignement devraient devenir plus " axés sur le marché " et plus ouverts à l'aide des entreprises. Les représentants syndicaux sont moins enthousiastes quant à l'utilité de tels partenariats. Certains estiment que ces mécanismes donnent au secteur privé trop d'influence sur l'éducation.

Il y a cependant beaucoup de points de vue communs sur d'autres fronts. Les répondants des deux groupes demandent aux provinces de revoir leurs niveaux de ressources consacrées à la formation et à l'éducation afin de corriger les effets cumulatifs des compressions budgétaires provinciales sur l'éducation (niveaux primaire, secondaire et postsecondaire), ainsi que leurs budgets de formation et d'apprentissage.

À cet égard, les répondants ont souligné que combler les pénuries prévues de personnel enseignant à tous les niveaux constituera un défi supplémentaire dans les écoles et les établissements postsecondaires, dont la capacité de réaliser leur mandat pourrait être menacée.

Les deux groupes sont fermement convaincus que les provinces et les écoles doivent abolir un préjugé qui semble exister chez les orienteurs et qui pousse souvent les étudiants à se diriger vers des études universitaires, aux dépens des collèges et tout particulièrement des programmes de métiers. Les deux groupes recommandent que des programmes d'arts industriels soient créés, ou que les programmes existants soient améliorés, aux niveaux primaire et secondaire. Ils s'entendent également sur la nécessité d'élargir les programmes de stages-études, de stages et d'expérience de travail afin d'améliorer l'employabilité, les attitudes et les compétences professionnelles des étudiants. Ces initiatives nécessiteraient des partenariats beaucoup plus étroits avec les employeurs et les syndicats locaux.

6. Travailleurs âgés et retraite progressive [Top]

Les répondants syndicaux et patronaux considèrent la retraite progressive comme un moyen pratique de conserver pendant plus longtemps les connaissances, les compétences et l'expérience précieuses des travailleurs âgés, mais ils reconnaissent qu'il faudrait pour cela modifier un grand nombre de règles et de règlements actuels relatifs à la retraite. La retraite progressive pourrait aussi encourager les travailleurs expérimentés à encadrer leurs jeunes collègues.

7. Collaboration avec les collectivités autochtones [Top]

Enfin, les répondants des deux groupes, surtout au Manitoba, en Saskatchewan et en Alberta, ont exprimé l'importance de collaborer plus étroitement avec la population autochtone, afin de l'intégrer efficacement dans la population active. Attirant l'attention sur le nombre croissant de programmes de formation, de mentorat ou d'autres types déjà en place et auxquels participent le patronat, les syndicats et les collectivités autochtones, ils demandent que ces activités se poursuivent et s'élargissent.

Conclusion

Tous les répondants l'ont répété : les compétences constituent un problème complexe, qui touche à tous les secteurs et comporte de nombreuses facettes. Il faut un ensemble d'initiatives à tous les niveaux, par tous les intéressés, sur une longue période et dès maintenant - ce que les répondants ont appelé une " volonté d'agir et des moyens d'action ". Le Centre syndical et patronal du Canada continuera de s'efforcer de définir et de perfectionner davantage les mesures qui permettront de relever le défi des compétences.