Canadian Labour and Business Centre
Centre syndical et patronal du Canada

Prudence, patience et des emplois: Les placements des caisses de retraite dans une économie canadienne en évolution

La croissance des caisses de retraite

> En 1998, l’actif total des régimes de pension d’employeur du Canada (les caisses en fiducie, à l’exception du RPC et du RRQ) dépassait largement 500 milliards de dollars. Il a donc plus que doublé par rapport à un actif de 204 milliards de dollars en 1990. La croissance de l’actif des caisses de retraite est attribuable à l’augmentation des placements sur les marchés boursiers et à une « restructuration » continue qui fait que les caisses de retraite du secteur public deviennent des caisses en fiducie et (ou) élargissent leur participation sur les marchés financiers.
> En 1998, les régimes de pension d’employeur étaient la deuxième source de capitaux en importance au Canada, après les banques (plus de 1,2 billion de dollars). L’actif de ces caisses de retraite devrait dépasser 600 milliards de dollars en l’an 2000 ou peu après.
> Les vingt plus grosses caisses de retraite représentaient 57 p. 100 de l’actif total, les dix plus grosses, 44 p. 100, et les trois plus grosses (le Régime de retraite des enseignants et des enseignantes de l’Ontario, le Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics du Québec et le Régime de retraite des employés municipaux de l’Ontario (RREMO), 28 p. 100 en 1997.
> Ces données permettent de croire à une augmentation du pouvoir de placement des caisses de retraite du secteur public du Canada. On le constate également dans d’autres institutions de placements sous gestion comme la Caisse de dépôt et placement du Québec (actif de 64 milliards de dollars). Ainsi, les caisses du secteur public en Alberta et en Colombie-Britannique ont été regroupées à des fins de comparaison au sein respectivement de l’Investment Management Division (IMD) (33 milliards de dollars) de l’Alberta Treasury et de l’Office of the Chief Investment Officer (OCIO) (52 milliards de dollars) du gouvernement de la Colombie-Britannique.

Les caisses de retraite dans une nouvelle économie

> En peu de temps, les caisses de retraite sont devenues d’importants réservoirs de l’épargne nationale sur lesquels compte le Canada pour financer des investissements productifs créateurs d’emplois. De même, les caractéristiques des caisses de retraite, comme leur perspective à long terme, leur permettent d’effectuer des placements patients qui favorisent le changement économique par la création de nouvelles entreprises, la croissance des petites entreprises et les industries de technologies de pointe. Par contre, des activités comme les prêts à terme et le financement en capital de risque impliquent des coûts élevés et des risques qui peuvent empêcher la participation des caisses de retraite.
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Le CCMTP (maintenant le Centre syndical et patronal du Canada) a étudié le rôle des caisses de retraite sur deux grands marchés financiers privés – le capital de risque institutionnel et le marché intermédiaire – ainsi que sur le marché boursier pour les titres de sociétés à petite capitalisation. Le CCMTP a également examiné la participation des caisses de retraite sur le marché immobilier et sur le marché des infrastructures.

Les caisses de retraite et le capital de risque

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La participation des caisses de retraite sur le marché canadien du capital de risque (8 milliards de dollars) est limitée. D’ailleurs, hors de la Colombie-Britannique et du Québec, elle a diminué par rapport aux années 80. En 1997, les caisses de retraite représentaient 16 p. 100 des nouveaux engagements. Le contraste est grand avec les États-Unis, où les caisses de retraite fournissent près de 50 p. 100 du financement en capital de risque. En Australie, le taux est de 62 p. 100.

> L’année 1997 a été un point tournant pour la participation des caisses de retraite, car les nouveaux engagements financiers ont augmenté par rapport à la moyenne de 5 p. 100 dans les années 90. À de vieux routiers comme la Caisse de dépôt, le Régime de pension des hôpitaux de l’Ontario (RPHO) et le RREMO se sont ajoutés de nouveaux venus comme les caisses de la Colombie-Britannique (OCIO) et le Régime de retraite des enseignants et des enseignantes de l’Ontario. Contrairement aux années 80, une grande partie des nouveaux placements des caisses de retraite se concentrent dans des activités négligées et à plus haut risque comme le prédémarrage, le démarrage et les premières étapes de développement.
> Le CCMTP évalue les placements actuels des caisses de retraite en capital de risque entre 900 millions et 1 milliard de dollars en 1998 (ou environ 0,2 p. 100 de l’actif total).

Les caisses de retraite et le marché intermédiaire

> Le marché intermédiaire du Canada (c.-à-d. les services de banques d’affaires qui répondent aux besoins des moyennes et grandes entreprises dans les secteurs traditionnels de la fabrication et des services, dont un grand nombre sont en train de se restructurer ou subissent d’énormes pressions concurrentielles) a pris beaucoup d’expansion dans les années 90. Les grandes caisses de retraite du secteur public ont été particulièrement actives dans ce secteur. Il y a les programmes internes de placements privés de la Caisse de dépôt, du RREMO et du Régime de retraite des enseignants et des enseignantes de l’Ontario, tandis que le RPHO, les caisses de l’Alberta (IMD) et celles de la Colombie-Britannique (OCIO) sont de grandes sources de financement des sociétés en commandite simple.
> La participation des caisses de retraite prend la forme de placements peu risqués, de financement-relais et de prêts intermédiaires et à long terme accordés lors d’« événements» commerciaux de tous genres (p. ex. expansions, fusions et acquisitions, prises de contrôle financées par l’emprunt). Certaines caisses préfèrent des placements de montant élevé (c.-à-d. 50-100 millions de dollars et plus), tandis que d’autres préfèrent des placements de faible envergure (c.-à-d. moins de 50 millions de dollars) et certains créneaux (p. ex. financement-relais et certains « événements» comme les prises de contrôle financées par l’emprunt).
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Le CCMTP évalue les placements actuels des caisses de retraite sur le marché intermédiaire canadien à 4-5 milliards de dollars en 1998 (ou environ 1,0 p. 100 de l’actif total).

Les caisses de retraite et les titres de sociétés à petite capitalisation

> Les placements dans les titres de sociétés à petite capitalisation (c.-à-d. moins de 1 milliard de dollars) permettent aux entreprises nouvellement cotées à la Bourse de prendre de l’expansion sur les marchés boursiers. Aux États-Unis, ce processus a provoqué une modification de la composition sectorielle des valeurs sûres – en 1998, le cinquième des sociétés constituant l’indice Standard & Poor’s 500 étaient des sociétés du savoir et de haute technologie. Ce groupe ne forme que 10 p. 100 de l’indice TSE 300 au Canada.
> À mesure que les placements des caisses de retraite dans les titres de sociétés ouvertes ont augmenté (passant de 31 p. 100 en 1986 à 38 p. 100 en 1996), les engagements envers les sociétés à petite capitalisation sont montés à plus de 90 milliards de dollars (Nesbitt Burns), malgré les coûts et les risques plus élevés (par rapport aux sociétés à grande capitalisation). L’absence de données empêche de fournir des estimations. Il s’agit d’un marché important, puisque les caisses de retraite possèdent 40 p. 100 des titres des sociétés cotées à la Bourse de Toronto (1996). Les recherches du CCMTP ont révélé que, dans les années 90, une grande partie de la demande des caisses de retraite en titres de sociétés à petite capitalisation n’a pu être satisfaite en raison du trop petit nombre de caisses communes et de gestionnaires spécialisés.
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L’intérêt accru des fiduciaires pour l’activisme des actionnaires et la régie d’entreprise est très pertinent pour les sociétés à petite capitalisation, car ces dernières ont besoin d’une vision à long terme qui ajoute de la valeur au rendement.

Les caisses de retraite, l’immobilier et les placements dans l’infrastructure

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L’immobilier attire depuis toujours une partie des fonds des caisses de retraite, encore que les niveaux de financement aient décliné après la récession des années 90 (passant de 6,7 p. 100 du total de l’actif des grosses caisses en 1993 à 4,2 p. 100 en 1997). La plus grande partie de la participation des caisses de retraite se concentre dans l’achat d’immeubles commerciaux et dans certaines dépenses d’aménagement dans des centres urbains canadiens. Depuis 1993, on a constaté une reprise de l’immobilier qui pourrait favoriser de nouveaux investissements dans le secteur.

> Un nombre croissant de caisses de retraite visent des actifs immobiliers moins traditionnels comme les logements à prix modique (occupés par le propriétaire ou loués). C’est le cas par exemple des caisses de retraite publiques de la Colombie-Britannique (OCIO), de la Caisse de dépôt et de consortiums financés par des caisses de retraite privées interentreprises (p. ex. Greystone Properties en Colombie-Britannique).
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Les fiduciaires de caisses de retraite en Amérique du Nord étudient actuellement la possibilité d’investir dans une nouvelle catégorie d’actifs : les travaux publics d’infrastructure. Les caisses les plus actives au Canada sont le RREMO et son CFMC Fund Management créé en 1997. Ces tendances et d’autres encore semblent indiquer que les caisses de retraite pourraient devenir une autre source de financement pour des créneaux négligés de l’immobilier résidentiel et non résidentiel et de l’infrastructure.

Les obstacles aux placements des caisses de retraite dans une nouvelle économie

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Des inefficiences sur la plupart des marchés privés du financement par emprunt ou par actions empêchent un accroissement du rôle des caisses de retraite comme agents financiers du changement économique, de la restructuration et de la création d’emplois. Il existe également d’autres obstacles. À partir de recherches et d’entrevues, le CCMTP a compilé une liste de quatorze obstacles qui ont été cotés dans le cadre d’une enquête menée auprès des membres de l’Association canadienne des gestionnaires de fonds de retraite (ACGFR) en 1998.

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Les membres de l’ACGFR ont jugé neuf obstacles importants ou très importants. Les principaux obstacles sont : 1) les placements exigeant une gestion intensive et coûteuse (78 p. 100 important/très important); 2) trop peu de spécialistes compétents au Canada (73 p. 100 important/très important); 3) le manque d’information cruciale sur les marchés (69 p. 100 important/très important); 4) des rendements insuffisants et peu fiables (66 p. 100 important/très important); 5) les risques de faillites importantes entraînant des coûts élevés (64 p. 100 important/très important); 6) la difficulté de mesurer le rendement à long terme (64 p. 100 important/très important); 7) le manque d’appui des fiduciaires (61 p. 100 important/très important). Pour 68 p. 100 des petites caisses de retraite membres de l’ACGFR, la taille de la caisse est un facteur important ou très important.

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Après l’enquête, le CCMTP a étudié les moyens stratégiques employés pour surmonter les obstacles aux États-Unis, où les caisses de retraite participent largement sur les marchés intermédiaires et les marchés de capital de risque. Il a constaté que le développement de l’infrastructure du marché est vital pour faciliter la participation des caisses de retraite.

> Parmi les principaux moyens et structures stratégiques, signalons : 1) la mise en place de « pratiques exemplaires » dans les caisses communes, notamment les sociétés en commandite simple, plus favorables aux caisses de retraite; 2) l’établissement d’autres types de caisses communes (p. ex. les « fund-of-funds »); 3) l’établissement de stratégies de ciblage de l’actif (p. ex. les programmes d’investissements à vocation économique (IVE); 4) le développement des spécialistes du placement; 5) le développement de conseillers et d’agents pour des marchés particuliers (p. ex. les « gatekeepers »); 6) la création de bases de données sur les rendements des marchés privés; 7) la sensibilisation des fiduciaires aux marchés financiers privés; 8) l’établissement de partenariats entre les secteurs public et privé.
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Ces initiatives ne règlent pas les problèmes de coûts et de risque implicites dans les obstacles jugés les plus importants par l’ACGFR. Dans bien des cas, leur mise en œuvre sur les marchés financiers américains s’est faite à l’instigation des caisses de retraite.

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Le CCMTP conclut que la plupart des caisses de retraite canadiennes n’appuieront probablement pas la formation de nouvelles entreprises, la croissance des petites entreprises, les industries de haute technologie émergences et les industries traditionnelles en transition, par exemple, sur une base continue tout au moins, sans qu’une infrastructure comparable ne soit créée pour les marchés canadiens plus petits et moins évolués.

> Vu que l’investissement dans l’immobilier et dans l’infrastructure a ses racines dans les marchés financiers privés, la participation des caisses de retraite sur ce marché doit comporter des approches stratégiques semblables.

Autres constatations clés

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Les caisses de retraite aident davantage les petites et moyennes entreprises nouvelles ou en développement (par divers marchés des capitaux) au niveau régional, en raison principalement de la participation de caisses du secteur public comme celles de la Colombie-Britannique, du Québec et du Nouveau-Brunswick. Grâce à son réseau de sociétés d’investissement participant à Accès Capital, la Caisse de dépôt cible maintenant des collectivités précises au Québec.

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En collaboration avec le CCMTP, le Syndicat des employés et des employées de la fonction publique de l’Ontario (SEEFPO) a effectué une enquête auprès des fiduciaires représentant les syndiqués et des membres des comités consultatifs paritaires des 23 plus grosses caisses de retraite. Cette enquête a révélé que les syndiqués souhaitent de plus en plus participer à la régie de leur caisse de retraite (c.-à-d. au moyen d’une fiducie paritaire) et plus particulièrement aux décisions d’investissement. En règle générale, les fiduciaires syndiqués appuient les placements des caisses de retraite qui accordent la priorité aux objectifs économiques et aux objectifs de l’emploi du Canada.

> D’après l’enquête du SEEFPO, le CCMTP estime qu’environ le tiers de l’actif des caisses de retraite est administré actuellement en vertu d’un mécanisme quelconque de fiducie paritaire.
> Le CCMTP a trouvé peu de preuves d’une sélection des placements des caisses de retraite en fonction de critères moraux ou sociaux (p. ex. l’environnement, les droits de la personne, les relations de travail). Deux exceptions importantes sont le RPHO et le United Church of Canada Pension Fund.